mardi 31 mai 2011

Participation Discographique n°1: Mike Vernon - Bring It Back Home

Parallèlement à sa carrière solo, Rory Gallagher a prêté main forte à de nombreux artistes tout au long de sa carrière. Officiant comme sideman sur des projets plus ou moins réussi, il est intéressant de voir comment il était capable d'évoluer d'un genre à l'autre, d'apporter sa touche personnel comme de s'effacer au profit de l'artiste qu'il accompagne.

La première participation discographique notable de Gallagher remonte à 1971, sur l'album Bring It Back Home du producteur Mike Vernon (producteur entre autres du Beano de John Mayall et du tout premier David Bowie).


1. Let's Try It Again
2. Move Away
3. Mississippi Joe
4. Brown Alligator
5. Come Back Baby (Rory Gallagher)
6. Dark Road Blues
7. She Didn't Have Time
8. Ain't That Lovin' You Baby
9. My Say Blues
10. War Pains (Paul Kossoff)

Bring It Back Home est à voir comme un petit plaisir coupable de Mike Vernon, qui après avoir produit tant d'artistes n'a pas résisté à l'idée de sortir son propre album. Pour un premier et unique effort Vernon s'en sort avec les honneurs, malgré des faiblesses évidentes l'album se laisse écouter.

La présence de Rory Gallagher et de Paul Kossoff (guitariste de Free) sert quelque peu de faire valoir et apporte une certaine légitimité et crédibilité au disque.
L'apport de Rory se résume au titre Come Back Baby, reprise du bluesman Doctor Ross paru en single sur le label Sun Records en 1953.
Malgré une durée similaire, la version de Vernon sonne plus pop, plus british mais est bien plus agressive que l'originale.
Sur les solos émaillant le titre, on retrouve le Rory bestial dans le prolongement de l'album éponyme paru la même année.

Version de Mike Vernon:



Version originale de Doctor Ross:

vendredi 6 mai 2011

Wheels Within' Wheels (2003)



1. Wheels Within' Wheels - 3:32
2. Flight To Paradise - 4:30
3. As The Crow Flies - 4:12
4.Lonesome Highway - 5:20
5. Bratcha Dubha - 2:59
6. She Moved Thro' The Fair/ An Crann Ull - 2:22
7. Barley And Grape Rag - 4:25
8. The Cuckoo - 3:45
9. Amazing Grace - 1:20
10. Walkin' Blues - 5:34
11. Blue Moon Of Kentucky - 2:54
12. Deep Elem Blues - 4:17
13. Going To My Hometown - 4:58
14. Lonesome Highway Refraining - 2:00

Nul ne sait ce que serait advenu de la carrière de Rory Gallagher si il avait vécu, mais dans ses dernières interviews ce dernier faisait part de son envie de sortir un double album avec une face électrique et une acoustique.
C'est pour combler cette lacune que sort la compile Wheels Within' Wheels en 2003, retraçant sur 14 titres la virtuosité et la face acoustique de Rory. Cette compile réussie le paris de montrer la versatilité de Gallagher dans ce registre montrant au passage que parmi les musiciens Rock de sa génération aucun autre ne maîtrisait mieux que lui les différents styles acoustiques.
Mais comme le sous entend la pochette au design de masque mortuaire (cf. pochette réalisée par David Oxtoby) cette compile est aussi un hommage posthume (tardif c'est vrai !) au guitariste décédé 8 ans plus tôt.



L'album s'ouvre sur le poignant Wheels Within' Wheels qui donne son nom à la compilation. Un titre enregistré en 1977 lors des sessions de San Francisco pour l'album avorté. On y retrouve Rory en état de grâce accompagné par les parties de piano subtiles de Lou Martin.

Grand fan de Flamenco, Rory se définissait comme étant "un guitariste de Flamenco contrarié", pour autant c'est avec brio qu'il se joint au guitariste de Flamenco : Juan Martin. Enregistré en 1984 à la même époque où Gallagher à rejoint Martin et les guitaristes Richard Thompson et David Lindley dans le cadre de la tournée acoustique "Guitarists Nights". Flight To Paradise est un instrumental de haute volée où Rory sert habilement le propos à son acolyte espagnol qui fait étalage de sa maîtrise de son style de prédilection.

Bien que déjà connu car figurant sur le fameux Irish Tour '74, As The Crow Flies (de Tony Joe White) est présenté sous sa forme studio et toujours joué sur la National Triolian de 1935. Une très bonne version mais qui ne supplante pas la version du live de 1974.
Lonesome Highway est le joyaux de cette compilation ! Unique titre de l'album mariant électrique et acoustique avec des parties de slide dont le feeling rappel par moment Ry Cooder. Il est enregistré en 1975 lors des sessions de Against The Grain, ce n'est que justice de le voir figurer sur un album officiel près de 30 ans après.

Enregistré en 1994 avec les guitaristes Folk Chris Newman, Martin Carthy et la harpiste Maire Ni Chathasaigh, Bratcha Dubha est dans une veine Folk celtique. Il s'agit d'un des derniers titres enregistrés par Rory au court de sa carrière.
L'album se pare à nouveau d'une ambiance celte sous les traits de She Moved Thro' The Fair/An Crann Ull deux airs traditionnels joués en medley et sur lesquels Rory est accompagné du célèbre guitariste de Folk anglais Bert Janch.

Autre titre bien connu du répertoire de Rory, car figurant sur l'album Calling Card de 1976 - Barley And Grape Rag est revisité ici avec le groupe de musique irlandaise The Dubliners pour un résultat encore plus festif que l'original.
Enregistré en 1977 sur le studio personnel du guitariste et ami Roland Van Campenhout - The Cockoo compte parmi les plus belles reprises de Rory. Initialement Gallagher jouait seul, mais en 2002 Roland à rajouté un accompagnement discret pour meubler un peu l'espace laissé vide. Le résultat n'en n'est que meilleur.

Rory et Belà Fleck au Festival de Montreux 1994

L'intégration du set acoustique de Montreux 1994 est discutable. Il aurait très bien pu figurer sur un album spécialement dédier à cette édition du festival. Ceci dit les échanges improvisés entre Rory et le joueur de banjo Belà Fleck sur les titres Amazing Grace/ Walkin' Blues/ Blue Moon Of Kentucky justifie sa place sur cette compilation.

Rory retrouve à nouveau le guitariste Roland Van Campenhout, sur le titre Deep Elm Blues interprété lors des fêtes de Gand en Belgique.
Autre grand standard live Going To My Hometown est repris en duo avec l'idole de Rory - Lonnie Donnegan - le maître du skiffle sur lequel tous les guitar hero anglais des 60's ont fait leur premières armes.
La compilation se termine avec la version acoustique de Lonesome Highway, rebaptisé pour l'occasion Lonesome Highway Refraining. Une superbe version bien que frustrante car elle se termine rapidement en fade out.



Au final, Wheels Within' Wheels s'avère être un bel hommage mais inégal. A vouloir être trop hétéroclite la compilation se perd un peu et aurait gagné à être un peu plus cohérente. L'idée d'un double album présentant une face studio et une face live aurait été plus judicieuse et aurait vraiment fait honneur au talent de Rory Gallagher dans ce registre.







jeudi 5 mai 2011

BBC Sessions (1999)


In Concert:


1. Calling Card - 8:25
2. What In The World - 9:17
3. Jacknife Beat - 8:59
4. Country Mile - 3:17
5. Got My Mojo Working - 5:17
6. Garbage Man - 5:54
7. Roberta - 2:37
8. Used To Be - 4:59
9. I Take What I Want - 6:57
10. Cruise On Out - 5:48

Studio:


1. Race The Breeze - 6:53
2. Hands Off - 4:58
3. Crest Of A Wave - 3:57
4. Feel So Bad - 4:58
5. For The Last Time - 4:13
6. It Takes Time - 4:28
7. Seventh Son Of The Seventh Son - 7:59
8. Daughter Of The Everglades - 6:12
9. They Don't Make Them Like You Anymore -3:58
10. Tore Down - 5:14
11. When My Baby She Left Me - 5:00
12. Hoodoo Man - 7:23

Première sortie officielle depuis la mort de Rory Gallagher, BBC Sessions retrace les prestations de Rory pour la BBC de 1971 à 1986. Comme à son habitude la série des BBC Sessions est composé d'une partie concert (CD1) et d'une partie studio (CD2).

Le premier CD se révèle être un véritable trésor... il faut se remémorer que le dernier album contenant des extraits Live remonte à 19 ans en arrière avec Stage Struck. On y trouve bien sûr des titres issus des albums du guitariste mais hormis What In The World, aucun titre présent sur ce CD n'avait été présenté sous leur version Live sur un support officiel.
Aussi on distingue clairement qu'une large place a été faite aux extraits de l'époque du quartette (Rory Gallagher Band MKII), certains titres étant particulièrement monstrueux montrant Rory et son (ses) groupe au meilleur de sa forme. Le Blues domine aussi clairement sur ce double album: Garbage Man, Got My Mojo Working... faut-il y voir là une manœuvre pour contrecarré la compilation posthume sortie 4 ans plus tôt ?

Le second CD bien sûr n'est pas en reste, Rory revisitant en studio les titres de ses premiers albums et avec brio pour certains (For The Last Time, Crest Of A Wave...)



Rory ayant été l'artiste le plus enregistré par la BBC, on peut espérer voir d'autres sorties à l'avenir. Même si la sortie de l'intégrale des enregistrements est peu envisageable car trop importante pour être commercialisable. On peut toutefois trouver sur le net d'autres enregistrement de la BBC, notamment Alternate BBC Sessions 1971/1974.
Aussi la sortie d'un DVD des prestations de Rory filmées par la BBC est envisagé par Donal Gallagher:

"Une fois que nous auront vu ce qu'il y a, nous essaierons de sortir une sorte de DVD Rory at The BBC. Encore une fois cela dépendra de si l'on trouve un partenaire près à nous aider à le sortir."





A Blue Day For The Blues (1995)


1. I Ain't No Saint
2. The Loop
3. Calling Card
4. As The Crow Flies
5. Off The Handle
6. Bullfrog Blues
7. (Back On My) Stomping Ground
8. Empire State Express
9. Continental Op (To Dashiell Hammet)
10. Shin Kicker
11. Public Enemy N°1
12. Pistol Slapper Blues
13. Don't Start Me To Talkin'
14. Nothing But The Devil
15. Alexis
16. Barley And Grape Rag

Sorti dans la hâte après le décès de Rory en juin 1995, A Blue Day For The Blues est le premier hommage posthume rendu au défunt guitariste.
Publié par le label IRS (le même qui a distribué Fresh Evidence outre atlantique 5 ans plus tôt) en octobre 1995 pour le marché américain, il s'agit d'une compilation posthume qui a pour objectif "comme son nom l'indique" de mettre en avant la facette Blues de Rory Gallagher.
L'album aligne 16 titres sans réel soucis d'ordre chronologique mais présente l'intérêt de montrer la variété de style de Blues qu'était capable de jouer le guitariste irlandais.
Malheureusement épuisé cet album fait figure d'objet collector pour les rares chanceux qui le possède.


L'album étant sorti sans l'autorisation de Donal Gallagher, qui après le décès de son frère est devenu logiquement le gestionnaire du patrimoine de ce dernier, cela expliquerait pourquoi il n'a jamais été réédité depuis.

"J'ai été réellement bouleversé au sujet de cette sortie parce qu'il n'avait pas les droits pour faire une compilation et ils l'ont fait sans mon autorisation. I.R.S était sans dessus dessous à cette époque et ils étaient désespéré de sortir quelques choses qui serait vendeur pour eux."

Donal Gallagher

samedi 30 avril 2011

Irish Tour '74 (Tony Palmer's Film)



Le 12 avril dernier sortait en DVD et Blu Ray la version remastérisé du fameux film Irish Tour '74 de Tony Palmer, accompagné du documentaire Music Maker retraçant le concert de Rory Gallagher au Savoy Cinema de Limerick (Irlande) et d'images rares de Rory et de son groupe lors de sa tournée japonaise de janvier 1974.

DVD original sorti en 2000

Irish Tour '74 fait écho à la tournée ayant donné naissance au célèbre album Live du même nom. L'équipe de tournage de Tony Palmer (à qui l'on doit le film Cream Farewell Concert) a suivit Rory et son groupe à travers sa tournée irlandaise (dans les villes de Cork, Belfast et Dublin) en filmant son quotidien - sur scène et en dehors de la scène. La réussite majeure de ce film est d'avoir réussie à retranscrire l'humanité de Gallagher et la proximité avec son public. 

Tony Palmer, réalisateur de Irish Tour '74

Le film souffre toutefois d'un montage final bancal et de choix artistique du réalisateur assez discutable.
La prolifération de gros plan sur le visage de Rory s'avère frustrant quand ce dernier s’escrime sur son instrument. De même les multiples faux raccords que même la remastérisation n'a pu entièrement corriger rend certains passages incohérents.


Toutefois le film ne se résume pas à sa partie concert, Palmer a réussi à magnifier l'Irlande natale de Gallagher en offrant certains plans de toute beauté. Comme le plan d'ouverture où les vagues d'une mer déchaînée viennent se briser les rochers. Les scènes d'interviews (malheureusement non sous-titrés) mettent en avant l'état d'esprit de Rory (ce dernier commentant en voix Off tout au long du film) et son approche de la musique et du métier de musicien.


Contrairement à ce que le titre laisse penser, il ne s'agit pas d'une transposition littérale de l'album live sur grand écran. En effet de l'album original seulement deux titres figurent à l'identique dans le film (Walk On Hot Coals et Tattoo'd Lady), le reste étant des variantes de ce que l'on retrouve sur le LP. As The Crow Flies, Who's That Coming, Cradle Rock et A Million Miles Away étant livré dans de nouvelles versions - Hand Off et Bullfrog Blues font par contre figure d'inédits.

Tracklist:

Walk On Hot Coals
Tatoo'd Lady
Who's That Coming
A Million Miles Away
Going To My Home Town
Cradle Rock
As The Crow Flies
Hands Off
Bullfrog Blues

Cette réédition inclut en bonus un documentaire bien connu de tous les bootleggers: Music Maker. Retraçant le concert du 11 mai 1972 au Savoy Cinema de Limerick, lors de la tournée irlandaise de Gallagher. Contrairement aux interviews du film, l'interview de Rory de ce documentaire est sous-titrée. Il y fait part de ses influences, de ses débuts dans les showbands et l'aventure Taste.
Les chansons disponible dans le documentaire sont les suivantes:

Tore Down
Laundromat
Pistol Slapper Blues
Don't Know Where I'm Going
Bullfrog Blues



Un concert qui prend une dimension symbolique car il s'agit du premier concert avec Rod De'Ath en remplacement de Wilgar Campbell.


L'autre bonus de cette réédition est l'intégration d'un film de 11 minutes retraçant la tournée japonaise du Rory Gallagher Band MK II de janvier 1974. On y voit notamment Rory et ses musiciens en compagnie de ses fans nippons lors de leur arrivée. Le petit film est accompagné d'une version énergique de In Your Town du concert de Nagoya du 27 janvier 1974 en fond sonore.

mardi 29 mars 2011

You don't need no doctor, you don't need no pill...


Rory Gallagher a laissé à la postérité le souvenir d'un musicien puriste et talentueux partageant son art avec enthousiasme et humilité. Derrière le musicien se cache un homme, effacé et solitaire, en proie à des démons qui culmineront pendant la deuxième partie de sa carrière.
Cet article n'a aucunement pour but de donner dans le voyeurisme, mais de tenter d'expliquer comment un musicien élevé au rang d'icône a pu sombrer petit à petit dans l'enfer de la dépendance aux médicaments et à l'alcool. Et aussi de remettre les pendules à l'heure concernant certaines rumeurs persistantes sur ce sujet.

D'après Donal Gallagher (frère et manager de Rory), les premiers signes du malaise ont commencé à faire surface à la fin des 70's. Comme Wilgar Campbell (batteur du RGB MK I) quelques années auparavant, la peur chronique de prendre l'avion a fini par faire surface.
Mais Rory ne pouvait laisser cette peur le dominer, ne plus prendre l'avion c'était tout simplement tirer un trait sur sa vie de musicien. Pour palier à ce stress, il se fait prescrire des médicaments qui ont pour effet d'atténuer cette peur. Mais très vite il va en prendre pour d'autres raisons comme l'explique son frère:

"Je pense que c'était la pression. Il portait trop de casquette à la fois. Il était son propre producteur, son propre compositeur, son propre manager... avec toute la tension, les tablettes de pilules devaient probablement le détendre, aussi il a commencé à en prendre pour d'autres raisons. Bien sûr après elles n'étaient plus assez fortes, alors il retournait constamment chez le médecin pour augmenter les doses. Rory était très discret à propos de tout ça. Il allait les avaler dans la salle de bain."

Comme tout bon irlandais qui se respecte, l'alcool fait parti du folklore et finit inévitablement par se joindre à la fête. C'est un thème récurrent des chansons de Rory, mais dans les 70's il est abordé avec beaucoup de légèreté (Too Much AlcoholBarley & Grape Rag) alors qu'à partir des 80's le ton se fait beaucoup plus grave et ce thème est abordé avec beaucoup plus de pessimisme et de fatalité (Ghost Blues).
L'alcoolisme de Gallagher s'accompagnait d'une prise excessive de comprimés en tout genre. Parmi ces derniers on dénombre une prise régulière d'anabolisants (ou stéroïdes) couplé à l'alcool les effets sont dévastateurs comme l'explique Donal:

"J'ai réussi à le faire entrer dans une clinique et le médecin a dit [Vous réalisez que le problème n'est pas tellement l'alcool. C'est les pilules ! ] Il a fustigé le médecin privé de Rory de lui avoir prescrit la quantité de chose qu'il avait. Ce n'était pas une prescription de tablettes, c'était la combinaison. Jeté dans l'alcool et vous obtenez un cocktail détonnant."


La prise de ces médicament entraîne des changements physiques chez Gallagher. Une métamorphose clairement visible à partir de 1987, date de la sortie de l'album Defender, le guitariste a pris énormément de poids. Les 5 années de silence discographique couplé à l'annulation de l'album de 1986 (Torch) ayant sûrement été des soucis supplémentaires qui ont joué leur rôle dans l'aggravation de l'alcoolisme et la prise de comprimés de Rory. Et si l'on ajoute à cela l'immense solitude qu'éprouve Gallagher lorsqu'il n'est pas en tournée.

D'après Donal Gallagher, il n'a réellement pris conscience de l'état de son frère qu'à partir de 1990. Voyant que l'inactivité renforçait encore plus son mal être, il décide de le faire tourner un maximum: "Le seul remède pour Rory était de le garder actif, lui donner des dates et lui donner une vie...".
Mais même une fois sur la route, il n'arrête pas pour autant ses mauvaises manies et certains concerts pâtissent de ce comportement. Comme ce concert de décembre 1992 au Bataclan (Paris) où le guitariste visiblement imbibé d'alcool et sous l'effet des médicaments offre un spectacle déconcertant pour l'assistance.
Ce genre d'incidents devient vite récurrent comme l'explique Donal:

"A un des concerts londonien important, Rory a visiblement pris des tablettes ou quelque chose du même genre et les a immergés dans un verre de Cognac. Il allait bien avant de monter sur scène. Mais dans les 20 minutes à une demi heure, il ne pouvait pas comprendre pourquoi ses doigts étaient engourdis."

Comme le montre certains boots du débuts des 90's, les effets de l'addiction ont un impact sur la musique interprétée. Par moment Rory semble chercher ses notes ou les faits durer plus que de raison et lorsqu'il chante il peine à reprendre son souffle par moment.
Mais lorsqu'il est mis à l'écart des comprimés, il lui arrive de donner le meilleur de lui même comme le démontre le concert de Montreux 1994 ou le concert de Cologne de 1990.

"Sur l'une des dernières tournées, j'ai fais irruption dans son dressing, volé son sac dans le but de prendre les médicaments et voir ce qui allait se passer. Ses symptômes de sevrages étaient colossaux. Après une semaine, il transpirait les toxines et son appétit était revenu. Après trois semaines, il jouait mieux que jamais."
Malgré toutes les tentatives de Donal, les effets dévastateurs de l'alcool et des médicaments ont mis à mal la santé de Rory et provoqué des dégâts irréversibles au foie.
Lors de son ultime concert le 10 janvier 1995 aux Pays-Bas, il s'écroule sur scène. En mars de la même année, il subit une greffe d'urgence qui s'avère dans un premier temps un succès:

"Il entrait et sortait du coma et j'ai dû prendre la décision de faire une transplantation de foie, " raconte Donal. "Je ne m'attendais pas à être confronté à quelque chose comme ça, et l'horloge tournait parce que nous devions attendre un donneur."

Mais un microbe attrapé peu après l'opération va affaiblir son système immunitaire qui va conduire au rejet de la greffe. Les tentatives durant cette période de 3 mois d'agonie vont toutes échouer. Malgré les bons mots de rétablissement d'un Bob Dylan et les quelques notes d'harmonica de Mark Feltham, Rory décède le 14 juin 1995 au Kings College Hospital de Londres à seulement 47 ans.



Kings College Hospital de Londres
A l'annonce de son décès, les hommages affluent de toutes parts, ventants le talent et la générosité du défunt guitariste. Comme un rappel à ceux qui l'ont oublier, un journaliste du Irish Times dira: "Rory était dans tous les esprits le mercredi (jour de son décès), mais combien pensaient à lui le mardi ?"
Les obsèques de Rory ont lieu le 17 juin 1995 à Cork dans l'église du Saint Esprit en présence de sa famille, ses proches et ses vieux compagnons de route ainsi qu'une foule d'admirateurs venue lui rendre un dernier hommage.
Son corps repose au St Oliver's Cimetery à la sortie de la ville.

Tombe de Rory Gallagher au St Oliver's Cimetery

"It's better to burn out than to fade away" comme le dit un autre solitaire, Rory Gallagher a malheureusement choisit la seconde option, ce qui rend son trépas bien plus amer encore...

lundi 14 mars 2011

Fresh Evidence (1990)

For The Last Time


1. Kid Gloves - 5'40
2. The King Of Zydeco - 3'43
3. Middlename - 4'15
4. Alexis - 4'07
5. Empire State Express - 5'08
6. Ghost Blues - 8'01
7. Heaven's Gate - 5'09
8. The Loop - 2'23
9. Walkin' Wounded - 5'09
10. Slumming Angel - 3'40

Bonus Tracks de la réédition de 2000:


1. Never Asked You For Nothin' - 4'29
2. Bowed Not Broken - 3'26

Que de chemin parcouru depuis l'époque Taste ! Vingt années après le dernier opus de la fameuse formation (cf. On The Boards) peu d'artistes peuvent se vanter d'avoir eu une carrière aussi remplie, tant sur le plan discographique que scénique. Si les 80's ont été un virage déroutant pour plus d'un artiste issu de la même génération que Rory. Ce dernier malgré deux opus légèrement inférieur à su résister aux modes et préserver sa musique de toute emprise extérieure.
Malheureusement cette indépendance a un prix, passé de mode aux yeux des maisons de disques (qui lui préfèrent un Stevie Ray Vaughan ou un Gary Moore), il essuya plusieurs refus de la part de certains distributeurs (notamment aux Etats-Unis) pour sortir Fresh Evidence. Il trouvera toutefois écho au près de IRS Records qui publia son ultime album le 1er mai 1990.

Pochette Originale
Fresh Evidence marque encore plus que son prédécesseur Defender, l'ambition du guitariste de renouer avec les racines Blues. Délesté de la production 80's qui faisait défaut sur l'album précédent, ce nouvel opus gagne en crédibilité et en profondeur. Malgré un line up inchangé (Brendan O'Neil, Mark Feltham et Gerry McAvoy évoluant toujours à leur poste respectif) le groupe élargit son champ de vision musical avec l'apport de musiciens extérieurs (Geraint Watkins à l'accordéon, Lou Martin et John Cooke aux claviers et la section de cuivre assurée par John Earle, Ray Beavis et Dick Hanson)
Gallagher renoue avec la versatilité des premiers disques et sa vision du Blues tranche considérablement avec la tendance en vogue à l'époque. Ici le texte prévaut autant que les parties de guitares et n'est pas prétexte à d'interminable solos. Le Blues est le langage de l'âme et cela le guitariste l'a bien compris.

Kid Gloves qui ouvre l'album est un Rock énergique soutenu par une section de cuivre et par le piano de Lou Martin (dont c'est la deuxième apparition sur un album de Rory depuis Defender). Le texte est dans la lignée des thèmes appréciés par Rory - à savoir les histoires d'espionnages et de romans noirs. 

Loanshark Blues sur l'opus précédent montrait l'intérêt de Rory pour le Swamp Blues et le Blues à tendance Cajun/Zydeco. Avec The King Of Zydeco, il embrasse littéralement le genre avec l'apport de l'accordéon de Geraint Watkins (célèbre pianiste et accordéoniste qui outre Rory a joué avec Dr Feelgood, The Fabulous Thunderbirds, Eric Clapton...). Le titre est avant tout un hommage à l'accordéoniste Clifton Chenier.


Middlename est lui aussi un hommage mais à John Lee Hooker cette fois. La rythmique est lourde et hypnotique et l'apport de l'harmonica de Mark Feltham ne fait que renforcer les parties de guitares finement ciselées de Gallagher.
Alexis est un instrumental dans le pure style Zydeco où il est cette fois question de rendre hommage à Alexis Korner, le pionnier du British Blues avec John Mayall. Rory a eu la chance de le côtoyer, notamment à ses débuts lorsqu'il officiait dans les showbands.


Gallagher l'a prouvé tout au long de sa carrière, sa maîtrise de la steel guitar et du Delta Blues en font l'un des plus grands spécialistes du genre. La reprise de Empire State Express du bluesman Son House montre que Rory est l'un des rares guitaristes anglais (et même au monde) a être capable de rentre justice à un tel morceau.
Ghost Blues avec son intro sur fond de mandolas et de synthé est un titre Blues assez pessimiste en dépit de son rythme frénétique. Rory y traite de l'alcool comme dans bien des titres de sa discographie, mais à la seule différence où les paroles semblent faire écho de son propre alcoolisme. Avec une issue pour le moins tragique...

Un malaise d'autant plus renforcé par le titre suivant Heaven's Gate (littéralement La porte du paradis) qui conte l'histoire d'une impossible rédemption. Musicalement on se retrouve dans le prolongement de Middlename avec des échanges d'harmonica et de guitares de hautes volées.
Si Gallagher a inséré The Loop dans la setlist de ses concerts à partir de la fin des 80's, il faudra attendre 1990 pour le voir intégrer un de ses albums. Il s'agit d'un instrumental dans une veine Chicago Blues qui fait allusion au métro aérien de la ville de Chicago comme en témoigne le son de métro en introduction du titre.
Walkin' Wounded est un titre blues/rock dans la pure tradition Gallagherienne. Avec de splendides interventions de saxophones.
L'album original se termine avec Slumming Angel, un titre Rock plus classique se démarquant du registre Blues prononcé du reste de l'album.

Le remaster de 2000 voit l’intégration de deux bonus tracks: Never Asked You For Nothin' un shuffle blues dans une veine cajun/zydeco où l'accordéon de Geraint Watkins fait de nouveau des merveilles. Bowed Not Broken joue la carte du Rock et montre clairement ce qu'aurait pu donner certains titres Rock des albums des 80's, si ils avaient bénéficié d'une production adaptée. Car sans être une merveille ce titre reste agréable à l'écoute, notamment grâce aux légers traits de slide émaillant les couplets.


Bien que diversifié, original et personnel - Fresh Evidence ne trouvera pas son public et la descente aux enfers amorcée depuis 1987 entraînera Rory Gallagher jusqu'à ce jour fatidique de juin 1995.
Ce qui devait s'avérer être comme une renaissance se transforma en testament musical...