mardi 1 mars 2011

Top Priority (1979)



1. Follow Me - 4'40
2. Philby - 3'51
3. Wayward Child - 3'31
4. Key Chain - 4'09
5. At The Depot - 2'56
6. Bad Penny - 4'03
7. Just Hit Town - 3'37
8. Off The Handle - 5'36
9. Public Enemy N°1 - 3'46

Bonus Track de la réédition de 1999:

10. Hellcat - 4'50
11. The Watcher - 5'46

Second album du Rory Gallagher Band MKIII, Top Priority marque encore plus que son prédécesseur l'ambition de Gallagher de livrer une musique brute et minimaliste.
Toujours produit sous la houlette du co-producteur Alan O'Duffy, l'album sort le 16 septembre 1979 sur le label Chrysalis.

Follow Me qui ouvre l'album est un rock brutal avec des parties de guitares assez élaborées. On sent un véritable travail de production derrière avec notamment de nombreux overdubs de guitares. Par la suite ce titre deviendra un standard scénique inévitable avec la particularité que Gerry McAvoy se joindra souvent à Rory pour chanter le refrain.

Kim Philby, le célèbre espion qui inspira la chanson de Rory.
Le thème de l'espionnage est de nouveau abordé sous les traits de Philby, titre en hommage à l'espion anglais Kim Philby qui en réalité travaillait pour le compte de l'U.R.S.S pendant la Guerre Froide. Rory établissait un parallèle entre la vie solitaire du célèbre espion et sa propre existence. Musicalement le titre s'avère assez original de par l'utilisation de la guitare Coral Sitar (prêté par le guitariste des Who - Pete Townsend) donnant un aspect oriental au titre.

A l'instar du titre d'ouverture Wayward Child est un morceau de Rock brutal à la production soignée où l’aspect soliste l'emporte.
Déjà présent en grand nombre sur Photo Finish les titres mid-tempo refont leur apparition, notamment sous les traits du titre Key Chain et son rythme hypnotique soutenu par l'effet flanger de la guitare.
Aux antipodes du morceaux précédent, At The Depot fait dans le high-energy-Rock n' Roll avec un texte débité aussi rapidement que les parties de slide et d'harmonica qui ponctuent le titre.

Pochette originale

Bad Penny est avec Shadow Play (de l'album précédent) le titre emblématique de cette période hard/heavy amorcé par Gallagher en cette fin des 70's. Un riff de guitare au lyrisme celte. Un héritage musical mis au service d'une musique brute et dépouillée. Autant de qualité et de force à un titre qui figure parmi les plus grands standards de l'irlandais.

Just Hit Town avait toutes les qualités requises pour en faire un standard scénique. Un texte brut de décoffrage, un riff de guitare soutenu par une rythmique frénétique et une partie de slide centrale absolument monstrueuse à faire pâlir un Georges Thorogood et tous les barbus texans. Inexplicablement (et à ma connaissance) ce titre ne sera jamais joué sur scène.

Le blues refait son apparition avec Off The Handle, un registre musical qui sied mal à Ted McKenna dont la grosse frappe à tendance à peser sur ce genre de titre. Rory n'est pas exempt de reproche. Si d'habitude il fait dans la nuance, ici son jeu se veut plus Hard que Blues à proprement parler. Ayant la gâchette facile sur les solos qu'il plombe, il est plus proche de Gary Moore que de Muddy Waters. Les versions live suivant la sortie de l'album verront Gallagher beaucoup plus inspiré et nuancé dans son jeu.

L'album de 1979 se termine avec un rescapé des sessions de San Francisco de 1977, Public Enemy N°1. Un morceau Blues Rock à la rythmique et aux licks de guitares funky.

La réédition de 1999 propose deux titres: Hellcat, dans une veine Hard Rock avec de nombreuses parties de slide guitar. (On trouvait originellement ce titre en face A d'un single gratuit, inclus en bonus avec l'édition UK du live Stage Struck de 1980. Et en bonus sur la première version CD de l'album Jinx)
Et le titre The Watcher, un Rock très carré où la lourde frappe de Ted McKenna donne toute sa signification à ce titre. A noter aussi l'effet particulier sur la voix de Rory.


Avec Top Priority, Rory Gallagher semble avoir trouver le juste équilibre. Un album studio sonnant live et tirant le meilleur du potentiel de l'enregistrement studio. Des compositions flirtant avec le hard mais dont les qualités d'écritures empêchent toutes comparaisons avec la concurrence. Et avant tout un album montrant la joie de vivre de son auteur et son plaisir de jouer. 







lundi 14 février 2011

Photo-Finish (1978)

La force brute


1. Shin Kicker - 4'02
2. Brute Force & Ignorance - 4'16
3. Cruise On Out - 4'42
4. Cloak & Dagger - 5'21
5. Overnight Bag - 4'52
6. Shadow Play - 4'45
7. The Mississippi Sheiks - 6'01
8. The Last Of Independents - 3'58
9. Fuel To The Fire - 6'21

Bonus de la réédition de 1999:

1. Early Warning - 2'51
2. Juke Box Annie - 3'17

Après le fiasco des sessions de San Francisco et de l'album avorté  de 1977, le Rory Gallagher Band fait peau neuve. Exit les mûrs de claviers de Lou Martin, de même Rod De 'Ath refuse de poursuivre dans cette nouvelle orientation. Rory avait aussi envisagé le départ de Gerry Mc Avoy, mais c'est sous les conseils de son frère Donal qu'il s'est ravisé. En quête d'un nouveau batteur, le choix se porte sur Ted McKenna, qui officiait quelques mois auparavant au sein de The Sensational Alex Harvey Band.
Si il fait peu dans la nuance, son jeu se révèle décisif sur les titres Rock et à tendance Heavy qui vont jalonner le répertoire de Gallagher en cette fin de décennie.

Pour donner naissance à Photo-Finish, Rory n'hésite pas à reprendre une partie du matériel des sessions de San Francisco. Quelques uns des titres de l'album avorté sont réenregistrés par le trio sous la houlette de Alan O'Duffy qui officiera aussi en tant que co producteur sur les trois albums studios suivant de Gallagher.


Shin Kicker qui ouvre l'album (et qui ouvrira la majorité des concerts de cette époque) est représentatif de cette nouvelle orientation voulu par Rory. Un Rock violent, pied au planché avec un air d'hymne pour bikers et grosses cylindrées. Gallagher entre sur le territoire des Ted Nugent et consort, et montre que visiblement il sait y faire...

Brute Force & Ignorance fait parti des titres qui devaient figurer sur l'album avorté de 1977. Rory y aborde le thème du Punk, de la force brute qui se dégage du mouvement, mais aussi de l'ignorance ou naïveté des musiciens qui le compose. Musicalement le titre est assez original, avec notamment ses solos de guitar slide sur fond de mandoline.
Hommage aux studio Sun records de Sam Phillips, Cruise On Out est un rock frénétique comme Rory en a beaucoup gravé tout au long de sa carrière.

La prolifération de titres mid-tempo peut expliquer le choix de Rod De'Ath de ne pas avoir poursuivit l'aventure. En effet pour un batteur aux influences Jazz, ce genre de morceaux peut vite trouver ses limites. Reste que contrairement à d'autres artistes, Rory trouve toujours l'ingrédient subtil qui fera se démarquer un titre d'un autre. Cloak & Dagger est de ceux là, un mid-tempo hypnotique avec des solis de slide et des traits d'harmonica subtils.

Autre rescapé des sessions de 1977, Overnight Bag est un titre assez original dans sa forme. Un riff électrique à l'influence clairement celtique et des couplets joués à l'acoustique. Le chant de Rory et le drumming de McKenna  donne un petit côté mainstream au titre. Mais ce n'est rien en comparaison de la version originale de ce titre datant des sessions de San Francisco, où les claviers de Lou Martin couvrent littéralement la guitare. Une version que l'on retrouve sur le Best Of - Crest of A Wave - de 2009.

Shadow Play est (avec des titres comme Tattoo'd Lady, Bad Penny, A Million Miles Away...) un des standards définitif de Rory Gallagher. Un titre hard rock où Rory joue l'éternel personnage solitaire, perdu et ici clairement schizophrène "A little bit of Jekyll/ A little bit of Mr Hyde". Il clôturera la majorité des concerts de l'époque et ne quittera plus la setlist des concerts de Rory jusqu'au jour fatidique.

A l'image de Cloak & Dagger, Rory poursuit sur les rythmes hypnotiques et lourds avec Mississippi Sheiks. Un hommage à l'orchestre Blues du même nom qui évoluait dans les années 30. A noter la superbe performance vocale de Gallagher sur ce titre.


Avec The Last Of The Independents, Rory poursuit les hommages. Notamment aux polars et films de gangsters dont il était friand. Le titre du morceau renvoie au film "Charley Varrick" (1973) de Don Siegel qui a pour sous titre "The Last Of The Independents".
Musicalement le morceau se structure autour d'un rythme rappelant une cavalcade, le tout soutenu par la sonorité flanger abondamment utilisé sur la guitare.

L'album original se termine en apothéose avec Fuel To The Fire, une des plus belles compos de Rory (toute période confondu), rappelant des titres comme A Million Miles Away ou For The Last Time. L'éternel thème de la solitude de nouveau abordé, avec peut être plus de gravité et de résignation.

La réédition de 1999 voit l'insertion de deux titres. Early Warning, violent pamphlet anti-nucléaire qui présage déjà du durcissement à venir sur l'album suivant: Top Priority. Et Juke Box Annie, ballade mi acoustique, mi-électrique que Rory a composé en hommage à une barmaid.

Gerry Mc Avoy/Ted McKenna/Rory Gallagher
La nouvelle orientation musicale de Rory Gallagher est toute tracée. Photo-Finish est un bon album de Rock et même un très grand Gallagher. Pour la première fois de sa carrière le guitariste tente de coller à la mouvance du moment en durcissant sa musique. L'accuser d’opportunisme serait facile mais face à une telle débauche d'énergie et de sincérité l'auditeur ne peut que s'incliner. 







jeudi 10 février 2011

Les sessions de San Francisco et l'album avorté. (1977)



C'est à San Francisco à la fin de l'année 1977 que le Rory Gallagher Band débarque pour enregistrer le successeur de Calling Card. Rory ayant été mécontent de la production de ce dernier (cf. Production assuré par Roger Glover), il s'adjoint les services de Elliot Mazer, producteur renommé qui a participé à l'élaboration d'albums pour des artistes aussi divers que Neil Young, Janis Joplin, Bob Dylan ou Michael Bloomfield...
Un choix qui laisse supposer que Gallagher cherchait à se rapprocher d'un son californien.


Mais très vite les divergences d'opinions sur la façon d'opérer entre Rory et Mazer font surface. De même une certaine tension est palpable au sein de la formation qui cumule la fatigue des tournées. L'album est finalement enregistré sans être toutefois mixé.
Au dire de Rod De 'Ath et de Donal Gallagher l'album est une réussite totale et est même meilleur que tout ce qu'a pu faire le groupe auparavant. Une opinion que ne partage ni Rory ni Gerry Mc Avoy.


Le jour de sa présentation aux grands pontes de Chrysalis, Rory prend la décision de ne pas le sortir... pire, il jette littéralement l'album à la poubelle.
Donal Gallagher raconte: "A la fin la maquette était prête et je devais la distribuer à Chrysalis, pour la faire écouter aux directeurs. Ce matin là, droit dans les yeux, Rory m'a dit [Tu ne peux pas le faire écouter à qui que ce soit. Je n'aime pas l'album.] Rory l'a jeté à la poubelle."


L'argument avancé par Rory pour expliquer la raison de ce choix est sa lassitude du format avec clavier. Un clavier devenu de plus en plus envahissant au fil des albums, Rory veut revenir au format trio du début afin de pouvoir orienter sa musique vers quelque chose de plus brut.
L'avènement du Punk en cette année 1977 peut être aussi à l'origine de ce choix. Si musicalement la scène Punk n'a rien a apporté d'un point de vue technique à Gallagher, il est clair que ce retour à un Rock brut et minimaliste a de quoi le séduire.


Comble de la malchance, Rory se casse le pouce dans la portière d'un taxi au retour d'une sortie au cinéma. Dans l'incapacité de jouer de la guitare pendant un certain temps, il va avoir largement le temps de planifier les choses et de remodeler son groupe à sa guise.



Donal Gallagher se souvient: "Rory semblait déprimé à ce moment. Un jour il m'a finalement dit [Je veux changer de Line Up. Je ne suis plus heureux avec le groupe.] Il voulait faire le ménage mais j'ai dit [Regarde, garde au moins ton bassiste, Gerry]".


Bien entendu, le premier à faire les frais de cette décision est Lou Martin, qui est gentiment remercié après ses 4 années de service. Avec le départ de Lou vient s'ajouter le problème de Rod De'Ath qui n'est pas du tout enclin à suivre Rory dans la voie qu'il souhaite entreprendre. Le batteur et le claviériste quittent la formation après le dernier concert donné par le quartette, le 29 avril 1978.


Dieu seul sait ce qu'il serait advenu de ce quartette, si l'album avorté était sorti. Avec les récentes rééditions d'albums de Rory et sortie de Best Of, certains morceaux de ces sessions ont refait surface. Les titres "Rue The Day" et "Public Enemy (B-Girl Version)" en bonus sur la réédition de 1999 de l'album Calling Card. Et "Overnight Bag" sur le Best of Crest Of The Wave de 2009 ainsi que le titre "Wheels Within Wheels" paru sur le recueil acoustique du même nom de 2003.


A leur écoute chacun est libre d'estimer si Rory avait raison ou tort.







jeudi 16 décembre 2010

Calling Card (1976)


1. Do You Read Me - 5'20
2. Country Mile - 3'18
3. Moonchild - 4'48
4. Calling Card - 5'24
5. I'll Admit Your Gone - 4'25
6. Secret Agent - 5'45
7. Jacknife Beat - 7'04
8. Edged In Blue -  5'31
9. Barley And Grape Rag - 3'39

Bonus Tracks de la réédition de 1999 :

1. Rue The Day - 4'14
2. Public Enemy (B-Girl Version) - 4'35

Pochette Originale
Malgré le désaveu de son auteur (et de Gerry Mc Avoy !) Calling Card est sûrement l'album du quartette le plus réussi. Rory lui reprochait une production trop lourde, gommant l'aspect live et brut de décoffrage en comparaison des opus précédent. Une production réalisé par le non moins célèbre bassiste du Deep Purple MKII: Roger Glover. 

Si l'on compare avec les autres albums du quartette, il est vrai que la section rythmique sonne de façon plus rigide. Ce que montre parfaitement Do You Read Me et son roulement de batterie amorçant un riff de guitare appuyé par l'orgue de Lou Martin. Un titre aux accents Funk qui à l'instar de la majorité des titres de l'album sera exploité pleinement sur scène lors de la tournée suivant la sortie de l'album.

Country Mile est un boogie rock fiévreux qui n'est pas sans rappeler de par sa forme et son usage du bottleneck, le titre Souped Up Ford de l'album précédent.

Jusqu'ici les titres à consonance Hard Rock n'étaient pas légion dans le répertoire de Rory. Moonchild laisse clairement présager l'orientation que Gallagher prendra après Calling Card. Le titre se pare d'une ambiance sombre qui détonne avec les autres compositions de l'album.


Le titre éponyme pourrait être perçu à lui seul comme une synthèse des influences du guitariste. A la fois Blues, Jazz et Rock - Calling Card est le genre de titre qui fera défaut dans les albums qui suivront. Un titre audacieux où la virtuosité de Rory atteint des sommets. Cependant on remarquera que la version studio sera largement supplantée par les versions live où le duo de solos entre Rory & Gerry et l'intense progression qui en résulte viendront parachever ce titre exceptionnel.

L'album se pare ensuite d'une ambiance intimiste et mélancolique avec I'll Admit You're Gone, un titre acoustique agrémentée de partie de slide toute en subtilité.
Véritable archétype blues rock - Secret Agent fait partie des grandes réussites de cet album. Outre les parties de slide qui font mouche, on peut souligner l'ironie des paroles avec un thème cher à Rory: les histoires d'espionnage. Clin d'oeil amusant - lors de certains concerts, Gallagher joue le thème de James Bond à la fin ou au début du titre.

Jacknife Beat à mi chemin entre le Funk et le Jazz tend à prouver que contrairement aux albums précédents, le clavier n'est plus uniquement un prétexte pour jammer. On remarque ici, comme sur la plupart des compositions de l'album qu'il est bien souvent l'élément central et le pilier de chacune des compositions.
Morceau bien trop méconnue du guitariste, Edged In Blue est un véritable bijou de part sa construction. Ses nombreux breaks devaient être plutôt ardu à retranscrire en live, ce qui doit expliquer que l'on dénombre si peu de témoignage audio de ce titre sur scène.

L'album de 1976 se termine avec Barley And Grape Rag, un titre festif joué avec la fameuse National Triolian de 1930. Abondamment jouer sur scène et souvent en medley avec Pistol Slapper Blues, le titre sera ré enregistré plus tard avec le célèbre groupe de musique irlandaise -The Dubliners.  

La réédition de 1999 voit l'insertion de deux titres des sessions de 1977 pour l'album avorté qui devait succéder à Calling Card.
Le premier titre Rue The Day est un titre rythm n' blues explosif rappelant par moment le style de compo de Ike & Tina Turner.
Le second Public Enemy (B-Girl Version) n'est ni plus ni moins que la version embryonnaire du titre Public Enemy N°1 qui verra le jour plus tard sur l'album Top Priority.



Plébiscité à juste titre par les fans, Calling Card malgré les reproches de son auteur est l'opus le plus dense musicalement. Chaque titres montrent une facette différente avec un groupe à son apogée. Pourtant rien ne pouvait laisser présager du revirement à venir ...







dimanche 12 décembre 2010

Against The Grain (1975)

A contre courant


1. Let Me In - 4'03
2. Cross Me Off Your List - 4'30
3. Ain't Too Good - 3'57
4. Souped-Up Ford - 6'32
5. Bought and Sold - 3'34
6. I Take What I Want - 4'23
7. Lost At Sea - 3'58
8. All Around Man - 5'55
9. Out On The Western Plain - 3'53
10. At The Bottom - 3'23

Bonus de la réédition de 1999 :

1. Cluney Blues - 2'13
2. My Baby, Sure - 2'55

Pochette originale

Suite au succès colossal du live Irish Tour'74, Rory prend ses distances avec le music business en signant sur le label indépendant Chrysalis son 5ème album studio - Against The Grain - signifiant littéralement (A contre courant) et désigne aussi le "grain" de la guitare (d'où la photo de la fameuse Strat 61 sur la pochette de l'album). En effet, Rory n'est pas très en phase avec son époque et continu au gré de ses albums de livrer son amour pour le Blues, le Rock, le Jazz et la musique Folk.

Against The Grain marque sa troisième collaboration avec le quartette toujours constitué de Rod De'Ath (Batterie), Gerry McAvoy (Basse) et de Lou Martin (Claviers). Une formation désormais rôdé à l'exercice des albums studios qui sur cet opus montre sa parfaite cohésion.

Ce que démontre parfaitement le titre d'ouverture, Let Me In - un Rock enjoué où les parties de guitares et de claviers ne font plus qu'un.
Cross Me Off Your List se démarque par sa couleur Jazzy et sa rythmique aux accents Funk. Ain't Too Good est sans conteste une des plus belles balades de Rory, mais aussi une des plus méconnues. On y retrouve la sensibilité des premières balades de Gallagher (cf.I fall Apart) avec un chant sûr et un solo de guitare tout en retenu. Ce titre comporte en lui tous les éléments propices pour faire un tube.

Un album de Rory ne serait pas ce qu'il est sans son éternel boogie rock fiévreux, Souped-Up Ford -  est un titre hommage à la Ford Zodiac Executive Mk4 de Rory dans laquelle il avait eu l'honneur, d'y faire monter Muddy Waters fin 1971 lors de l'enregistrement des "Londons Sessions". Un titre où la guitare slide tient une place dominante. Et aussi un grand standard qui connaîtra de beaux jours sur scène.


Autre standard incontournable du répertoire du Rory Gallagher Band - Bought & Sold  et son riff joué et chanté à l'unisson, sera interprété systématiquement sur les tournées qui suivront et même après la dissolution du quartette.

I Take What What I Want est un titre écrit par Isaac Hayes pour le duo de musique Soul - Sam & Dave (1965) - mais c'est la version du duo James & Bobby Purify (1967) qui servira de modèle pour la version sous amphétamine de Rory.

L'hymne pour les marins solitaires aux accents celte - Lost At Sea - tranche avec le son gras de la reprise du bluesman Bo Carter qui suit. Rory s’approprie littéralement All Around Man. Ceux qui pensent qu'avec le quartette, Rory s'éloignait de son son originel seront surpris. Sur ce titre le Rory Gallagher Band MKII se hisse au même niveau que celui du power trio du Live in Europe. Un seul mot pour définir cette reprise: Apocalyptique.

Au regard de sa discographie, il est vrai que Rory a fait beaucoup de reprises. Mais contrairement à d'autres artistes, il ne tombe jamais dans la facilité en jouant à la note près de façon religieuse de peur d'égratigner l'originale. Il n'hésite jamais à s'écarter de l'idiome pour proposer sa version.
Si l'on se fit à ce critère alors Out On The Western Plain est sans conteste la reprise la plus réussie de Rory Gallagher.
Ce titre du bluesman Leadbelly (aka Huddie Ledbetter) dont le titre original est "When The Boys Where Out On The Western Plains" (1954) est repris sous une forme acoustique totalement inédite grâce à l'accordage DADGAD (Ré/La/Ré/Sol/La/Ré) qui donne une couleur celto/orientale à cette reprise.
Dès son insertion dans la setlist, Out On The Western Plain y restera pour ne plus jamais en sortir et Rory n'aura de cesse de la jouer durant les vingts années qui suivront.

L'album original se termine avec At The Bottom, un titre country aux airs de chevauchées vers le soleil couchant...
La réédition de 1999 voit l'insertion de deux titres assez anecdotique: Cluney Blues (un genre de jam tournant autour d'un shuffle Blues) et My Baby, Sure sorte d'hommage à Elvis et aux Sun Records.


A contre courant semble effectivement être le terme adéquat pour qualifier cet album. Un album qui recèle par moment le meilleur de son auteur. Le mystère reste de savoir pourquoi malgré ses qualités évidentes, Against The Grain ne tient pas une place de premier plan lorsque l'on évoque la discographie du guitariste.







vendredi 22 octobre 2010

Irish Tour (1974)

Ladies and Gentlemen... Rory Gallagher !!!





1.Cradle Rock
2.I Wonder Who - 7'53
3.Tattoo'd Lady - 5'02
4.Too Much Alcohol - 8'29
5.As the Crow Flies - 5'51
6.A Million Miles Away - 9'36
7.Walk on Hot Coals - 11'30
8.Who's That Coming ? - 10'10
9.Stompin' Ground (After Hours) - 5'22
10.Maritime - 0'33

En 1974, Rory Gallagher n'est plus à présenter... cela fait alors 4 ans qu'il a quitté le power trio Taste avec lequel il a connu la reconnaissance ultime lors du Festival de l'île de Wight en août 1970 et qu'il s'est lancé dans une carrière solo des plus prometteuse. Avec déjà 4 albums au compteur et un live (le fameux Live in Europe) Rory remet le couvert avec une tournée intense à travers l'Irlande dont deux dates serviront de support pour ce deuxième album live.

Initialement baptisé Irish Tour 74' il sera rebaptisé Irish Tour lors de sa réédition CD et verra son contenu légèrement modifié avec le remplacement du titre Just a Little Bit par un court instrumental d'une trentaine de seconde Maritime. De plus sa jaquette d'origine d'un gris très sobre est remplacé par une photo de Rory guitare en main semblant plus dater de la fin des 70's.

Pochette du LP Original

Dès les premières notes le ton est donné, le son de la strat au vernis élimé investi l'espace et retient directement l'attention. Rory lance alors le riff explosif de Cradle Rock nouveau titre issu de l'album Tattoo. Le moment de grâce de ce morceau reste sûrement le passage au bottleneck, où Rory chante à l'unisson avec sa guitare (une des nombreuses caractéristique du jeu de l'irlandais).

Rory présente alors son groupe composé de Rod De' Ath (batterie), Lou Martin(clavier) et de l'inséparable Gerry Mc Avoy (basse) qui est sûrement la meilleure formation avec laquelle le guitariste irlandais a pu évoluer au cours de sa carrière.

Gallagher se fait alors plaisir en reprenant un titre d'une de ses idoles (Muddy Waters) avec I Wonder Who... un slow blues où Rory fait part de son amour pour le Blues et expose sa virtuosité à travers des bends dégoulinant de feeling et de rage.

Le disque se poursuit avec toujours autant d'intensité avec notamment un de ses titres les plus forts Tattoo'd Lady issu lui aussi de l'album Tattoo où Rory se fend d'un solo d'anthologie.
Too Much Alcohol reprise du bluesman J.B Hutto que Rory reprend d'habitude en acoustique est reprise, ici, à l'électrique dans une version non pas dénué d'intérêt mais qui souffre un peu de la comparaison avec les versions habituelles.

Avec As the Crow Flies reprise de Tony Joe White, Gallagher prouve quel guitariste doué et éclectique il pouvait être. Avec sa National Resonator, il fait sonner ce titre acoustique avec autant d'énergie, que les titres les plus Rock de son répertoire.



Sur A Million Miles Away une nouvelle facette de son talent peu reconnu et bien trop éclipsé par ses talents de guitariste apparaît à savoir ses talents de parolier. Avec ce titre Rory crée un hymne à la solitude. Assis au comptoir du Bar d'un hôtel il se sent à des "millions de kilomètres naviguant comme une épave dans une baie balayée par le vent". Connaissant un peu la personnalité solitaire de Gallagher ces paroles ont tout du texte autobiographique.
Bien sûr la musique n'est pas en reste Rory demeure toujours aussi brillant et habile dans son art et propose, ici, une version puissante et une perfection qu'il atteindra rarement sur ce titre lors des tournées qui suivront.Les autres musiciens aussi se démarque sur ce titre avec notamment un splendide solo d'orgue de Lou Martin.

Sur les titanesques Walk on Hot Coals et Who's that Coming ?, Rory transcende l'auditoire, prouvant (si il est utile de le rappeler) quel virtuose il était.

Ce Irish Tour perd malheureusement un peu de sa magie et de sa cohérence avec Stompin' Ground (After Hours) un titre studio mis en fin d'album ainsi que le court instrumental Maritime qui achève ce live d'une drôle de manière.
Malgré ce petit détail Irish Tour demeure un sommet dans la discographie de Rory Gallagher que tout fan se doit de posséder.









jeudi 21 octobre 2010

Tattoo (1973)



1. Tattoo'd Lady - 4'41
2. Cradle Rock - 6'17
3. 20:20 Vision - 4'04
4. They Don't Make Them Like You Anymore - 4'07
5. Livin' Like a Trucker - 4'24
6. Sleep On a Clothes Line - 5'15
7. Who's That Coming - 7'15
8. A Million Miles Away - 6'57
9. Admit It - 4'23

Bonus tracks de la réédition de 2000:

1. Tucson, Arizona - 3'51
2. Just A Little Bit - 7'43



Seulement quelques mois après la sortie d'un Blueprint inégal, le Rory Gallagher retourne en studio en août 1973, pour donner naissance au deuxième album studio du quartette et 4ème album solo de Rory Gallagher.




L'album s'ouvre sur Tattoo'd Lady, véritable classique inusable du répertoire de Rory. Il sera tant interprété sur scène qu'on en oubliera presque l'originale. Moins pêchue que celle du live Irish Tour '74 par exemple, la version studio aura le mérite de montrer la cohésion du groupe, les claviers de Lou Martin s’insérant "enfin" dans la section rythmique.  
Cradle Rock quant à lui joue la carte de l'agressivité, prouvant ainsi que l'ajout des claviers ne gomme pas pour autant le tranchant de la guitare. Les parties de bottleneck en phrasé chanté sont tout bonnement jouissives. Avec ce titre Gallagher tient une véritable bombe scénique !


22:20 vision revient à du plus conventionnel et raffiné. Un titre acoustique avec quelques traits de slide et d'harmonica le tout soutenu par des interventions subtiles de Lou Martin.
Le Jazz refait son apparition sous les traits de They Don't Make Them Like You Anymore. Un morceau qui n'est pas sans rappeler l'époque Taste, avec la seule différence où seul Rory et Lou font étalage de leur virtuosité. Les parties guitare/clavier jouées à l'unisson constituent l'intérêt majeur de ce titre.




Contrairement à ce que l'on pourrait penser sur le titre Livin' Like A Trucker - hymne pour les voyageurs solitaires- le son de wah wah ne provient pas de la guitare de Rory. En effet n'appréciant que très peu cet accessoire, il incombe alors à Lou Martin de jouer ce rythme de wah wah sur un clavinet Hohner.


Sleep On A Clothes Line est un shuffle Blues enjoué, sympathique à défaut d'être original. Il rappel un peu Hands Off présent sur l'album précédent.


Il faudra donc attendre Who's That Coming pour entendre Rory jouer de la guitare resonator (La fameuse National Triolian 1932). Il entamme le riff au bottleneck sur sa national avant de laisser place à la slide électrique et au groupe. Le genre de morceau de bravoure que seul Rory était capable de composer. Un titre qui prendra pleinement sens sur scène et notamment lors du fameux Irish Tour '74. A noter en léger fond sonore le retour du clavinet et de la wah wah de Lou Martin.


Pochette Originale
A Million Miles Away est Le blues ultime de Rory Gallagher, la couleur celtique de l'intro (encore plus flagrante en live) donne le ton à cette complainte, cet hymne à la solitude. Il deviendra un énorme classique et ses paroles prendront une nouvelle dimension lors des derniers moments de sa carrière. Incontestablement la perle de l'album !
L'album de 1973 se termine avec Admit It et son gimmick de batterie en intro quasiment Funk. Un titre qui se pare d'une ambiance assez sombre, on pourrait se risquer à le rapprocher de certaines compositions du Deep Purple Mk III.


Le premier Bonus Tracks de la réédition de 2000 est  Tucson, Arizona -titre country du rocker Link Wray  de 1972. Rory s'illustre par son jeu au bottleneck et par un chant incroyablement sûr et une voix claire.
Le second bonus Track est Just A Little Bit, un titre du chanteur et pianiste Blues Rosco Gordon. Repris par Rory sous la forme d'un boogie digne des plus grands brûlots texan. Il figurait à l'origine sur la première version du Live Irish Tour'74.




Avec Tattoo, Rory semble enfin avoir trouver ses marques dans cette nouvelle formation. Il signe quelques uns de ses plus grands classiques, qui pour la plupart seront transcendés en live et notamment sur la tournée qui donnera naissance au célèbre Irish Tour '74.